Le chewing gum et comment l’éviter

Le chant diph se prête bien à l’impro. Avec sa gamme limitée, c’est un espace sûr, et on peut y évoluer en liberté et sans crainte. La fausse note y est impossible. Du moins tant qu’on garde le bourdon stable. Il y a pourtant des écueils. Il y en a un que j’appelle le chewing gum. Il s’agit d’une matière sonore qui se déforme au gré des mouvements de la bouche, mais reste toujours égale à elle-même. Pas de traits remarquables. Pas d’évènements. C’est fade.

Pour éviter le chewing gum, on peut imposer des contraintes à l’impro. Il y a plusieurs axes possibles. J’en vois trois : rechercher les contrastes, répéter des éléments pour les rendre reconnaissables, montrer qu’on sait où on va. Je mets volontairement de côté ici l’axe « améliorer sa technique afin de produire des notes mieux définies » pour me concentrer sur des points qui peuvent faire l’objet de consignes dans un exercice d’impro. Aucun ne constitue une règle absolue. Tous peuvent être présentés comme des contraintes, indépendamment des autres, pour un exercice spécifique.

  1. Rechercher les contrastes :
    • Alterner notes longues et notes courtes ;
    • Pour des chanteurs un peu plus avancés, alterner petits intervalles et intervalles plus grands ;
  2. Répéter des éléments pour les rendre reconnaissables :
    • Faire tourner en boucle des motifs mélodiques ;
    • Pour des chanteurs un peu plus avancés, faire tourner en boucle des motifs rythmiques en variant les notes ;
  3. Montrer qu’on sait où on va :
    • Commencer chaque phrase par l’harmonique 8 et la terminer par l’harmonique 8 également ;
    • Conclure la phrase assez vite après avoir atteint le point le plus aigu.

Quelques explications sur l’importance données à l’harmonique 8 : il s’agit de la même note que le bourdon, mais 3 octaves au-dessus. C’est la tonique. C’est la note qui donne une impression de stabilité. En fin de phrase, elle donne l’impression qu’on rentre à la maison, après une balade, voire une aventure.